Compte rendu de la table ronde monnaie locale complémentaire du 30/11/2016

La Métropole Européenne de Lille a adopté en octobre 2015 son Plan Métropolitain de Développement de l’Economie Sociale et Solidaire pour la période 2015-2020, lancé à l’occasion des Assises de l’ESS. Dans ce cadre , une soirée sur un sujet structurant du PMDESS était organisé le 30 novembre 2016 : la Monnaie Locale Complémentaire, avec un focus sur les échanges inter-entreprises.

Pour les paresseux, j’en ai retenu deux choses pour le moment :

1/ la MEL souhaite commencer avec les entreprises
2/ le MEL ne serait pas échangeable du tout contre des euros

Pour ceux qui veulent avoir plus de détails, voici quelques notes complémentaires :

Marc Godefroy (Conseiller Métropolitain Délégué à l’Économie Sociale et Solidaire) puis de Luc Belval (APES) ont introduit la soirée. Ils ont insisté sur :
– l’intérêt d’une monnaie locale pour développer les échanges sur un territoire
– la ré-appropriation citoyenne
– la co-construction avec 3 acteurs : 1/ les entreprises & citoyens bien sûr, 2/ les élus et 3/ une animation opérante (sous-entendu l’APES)

Ils ont ensuite ouvert les débats. Quel type d’économie développer : local ? ESS ? bio ? Quelles entreprises intégrer dans le circuit ? Quelle place pour les citoyens ? Avec un mot d’ordre, faire de cette monnaie un anti-Brexit. Et une ambition : re-penser l’articulation entre économie et politique (avant les questions techniques).

Trois intervenants étaient sur le plateau.

Frédérique Seels (Conseillère Métropolitaine chargée de la représentation dans les organismes extérieurs et directrice de la société Création-Bois) a annoncé la mobilisation des réseaux d’entrepreneurs de la métropole (Chambre des métiers, CCI, CJD, Alliances et MEDEF) et souhaite créer une dynamique d’échange local. L’objectif est un cercle vertueux de rapprochement des entreprises – au delà d’un simple « club business » – pour faire du développement économique. Elle a envie de travailler avec des récalcitrants (pour lever les inquiétudes) et avec les experts-comptables (pour se blinder « comptablement »).

Elle attend plusieurs impacts et compte bien « mouiller sa chemise » sur ce projet :
– l’amélioration du sourcing par l’offre locale
– des gains de temps intra-fournisseurs
– une confiance accrue
– une rotation plus rapide de la masse monétaire
– un objectif de 10% de commandes chez les grands groupes

Massimo Amato (Professeur d’économie à Milan, initiateur du Sardex – monnaie locale de Sardaigne – et du So’nantes – monnaie locale de Nantes) insiste sur l’effet premier d’une « bonne monnaie locale » : redécouvrir le bon sens des échanges sociaux et économiques. Il s’agit de prendre le relais des banques vieillissantes. Il appuie sur la non-convertibilité d’une « bonne monnaie locale », ce choix politique très fort est permis par un mécanisme de compensation entre tous les acteurs, créanciers et débiteurs, et donc par la mutualisation du lien de confiance.

Il revient sur l’expérience Sardex : créée en 2010 à l’initiative d’une société, elle compte désormais 3000 entreprises dans le réseau (et 1500 sur liste d’attente) pour une masse monétaire en circulation de 80 millions d’équivalent euros (plus que toutes les monnaies locales françaises réunies). L’effet réseau est très fort, quand le nombre d’entreprises double, la masse monaitaire quadruple. Le critère principale pour l’ajout d’une entreprise est l’équilibre générale : on n’intègre dans le réseau que des entreprises qui peuvent y équilibrer leur compte en monnaie locale, choix indispensable puisque le Sardex n’est pas convertible. Ainsi quand le réseau a accueilli ses premiers « petits » supermarchés, il y a eu une augmentation très significative des produits frais sardes dans les rayons. Désormais certaines entreprise distribuent jusqu’à 20% du salaire en Sardex à leurs employés à travers des primes. Les prêts à taux 0 sont désormais possibles et même les « grosses » banques y ont vu leur intérêt puisqu’elles n’ont plus besoin de faire des prêts à des clients plus ou moins solvables.

Stéphane de Guerny (expert-comptable et utilisateur du So’nantes) précise le fonctionnement de la monnaie nantaise : une carte de paiement, des TPE chez les commerçants, une utilisation par des SEM, des SPL, des restaurants. Il s’agit d’un compte bancaire « normal » avec une tolérance de découvert pour les entreprises (jusque 4000 euros). Le réseau compte 150 entreprises désormais. Pour les commerçants, il voit trois avantages : la communication, la liquidité disponible (grâce au découvert autorisé), la labellisation et le partage de valeurs. Même si pour l’instant, l’effet est bien moindre que celui observé en Sardaigne.

Les questions avec la salle ont tourné autour de la question juridique (c’est carré désormais, chaque monnaie locale est obligatoirement en liaison avec l’Autorité de Contrôle Prudentiel), les impacts sur l’emploi (des études économétriques doivent commencer bientôt en Sardaigne) et certains aspects techniques (la « blockchain » pourrait à terme permettre de se passer à terme de l’adossement d’une banque même si l’organisme qui gère la compensation inter-entreprises restera centralisé).

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